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10 min

Guide 2025 : Quel label est fait pour vous ? 🌱

Ce début d’année 2025 est marqué par le développement des standards de finance durable en Europe. Dans cette effervescence réglementaire et normative, les labels évoluent rapidement : le label ISR français a déployé son référentiel V3 au 1er janvier 2025, Greenfin a célébré ses 10 ans avec un référentiel révisé, et plusieurs autres labels européens ont renforcé leurs exigences.
Publié le
2/4/2025

Pour vous aider à comprendre cet écosystème complexe, nous avons interrogé Guillaume Lasserre, Chief Investment Officer de La Banque Postale Asset Management (LBPAM). Acteur pionnier dans ce domaine, LBPAM avait annoncé dès 2018 son ambition de labelliser ISR l'intégralité de sa gamme de fonds. Guillaume partage aujourd'hui sa vision d'expert sur les évolutions récentes et les défis à venir.

Le paysage diversifié des labels de finance durable 

Le système de labels vient apporter une couche normative additionnelle à un cadre réglementaire européen déjà très étayé. Leur rôle est cependant tout à fait spécifique, puisqu’ils apportent des garanties supplémentaires aux investisseurs, avec des exigences plus objectives que les réglementations en place.  En ce sens, Guillaume Lasserre souligne que "le label ISR s'est imposé grâce à trois caractéristiques essentielles : son statut de label public, sa progression constante en matière d'exigences, et la présence d'un tiers de confiance avec un cahier des charges précis, contrairement au modèle d'auto-déclaration SFDR."

Présentation des labels européens de finance durable

Les années 2024 et 2025 ont été marquées par la révision des référentiels de plusieurs labels : Greenfin (2025), FNG-Siegel (2024), UZ 49 (2024) ou encore Finansol (2025). Cette dynamique témoigne d'une volonté collective de renforcer les exigences et de s’aligner sur les nouvelles dispositions réglementaires.

En particulier, la refonte du Label ISR a fait beaucoup de bruit sur la Place financière en 2024. Cette révision introduit plusieurs innovations significatives : un taux de sélectivité plus exigeant, des exclusions renforcées, mais également l'obligation d’analyser les plans de transition des émetteurs (obligation de moyens à partir de 2025 et obligation de résultat à partir de 2026) et d’engager les émetteurs sur la base de leur performance ESG. 

Cette revue à la hausse des exigences a conduit à une redéfinition du paysage des fonds labellisés ISR, avec une réduction de 1389 à 945 fonds en 2025. Guillaume Lasserre nous confie “On est assez fiers d’avoir gardé 101 fonds labellisés ISR”. Il explique : "La difficulté réside notamment dans l’évaluation de la déformation des portefeuilles sur le long terme. Que ce soit en matière d’engagement ou d’analyse des plans de transition, il est très difficile de développer une méthodologie commune pour toutes les positions investies, qui sont réparties sur différentes zones géographiques, chacune avec ses spécificités culturelles et réglementaires."

Focus Labels Relance et Finansol : des approches complémentaires

Le marché français se distingue par deux labels aux objectifs spécifiques et complémentaires :

  • Label Relance : nĂ© dans le contexte post-Covid, il rĂ©pond aux enjeux de relance Ă©conomique nationale en soutenant les PME et ETI françaises, tout en intĂ©grant des critères ESG
  • Label Finansol : crĂ©Ă© dès 1997, il promeut une finance inclusive Ă  fort impact social avec plus de 169 produits labellisĂ©s en 2025

Ces deux labels, tout en intégrant les critères ESG, maintiennent leurs spécificités pour répondre à des besoins distincts du marché.

Des différences structurelles et des points de convergence

Deux logiques structurelles : binaire vs graduation

Le marché des labels de finance durable s'organise autour de deux grandes approches :

  • Approche binaire "pass-or-fail" : comme le label ISR ou Greenfin
  • Systèmes d'Ă©valuation "Ă  points" : comme le FNG Siegel avec son système d'Ă©toiles Ă©valuant la crĂ©dibilitĂ© institutionnelle, les normes produits et la stratĂ©gie ESG

Guillaume Lasserre explique les avantages d’un système de label “à étage” ou “à tiroir” : ”L’objectif est de créer un “effet poupée russe” avec un socle de base et des dimensions additionnelles sociales/climatiques plus exigeantes, permettant de répondre à des problématiques clients plus spécifiques.” La réponse de LBPAM à la consultation sur la refonte du Label ISR allait donc dans cette direction. Le Comité du label a finalement fait le choix de conserver un label généraliste, mais avec un focus plus important sur les enjeux de transition environnementale et énergétique. Cette décision a eu pour conséquence d’accroître l’exigence du label ISR sur toutes les dimensions, au risque de créer un label répondant à des clients très exigeants uniquement.

Structure et exigences principales des labels européens de finance durable

Des exclusions qui reflètent les priorités nationales

Malgré leurs différences structurelles, la plupart des labels imposent un socle d'exclusions obligatoires qui reflètent les priorités éthiques et stratégiques de chaque marché. Ces exclusions se distinguent par :

  • Leur dimension normative ou sectorielle
  • Les thĂ©matiques couvertes
  • Leur pĂ©rimètre d'application (chaĂ®ne de valeur complète ou partielle)
  • Leur degrĂ© de sĂ©vĂ©ritĂ© (exclusions totales ou basĂ©es sur des seuils)

"Aucun label n'impose exactement les mêmes exclusions", souligne Guillaume Lasserre. "Prenons l'exemple de l'armement conventionnel : son exclusion totale par le label belge contraste avec l'approche plus ciblée des labels français, focalisés sur l'armement controversé. Ces différences reflètent des priorités stratégiques nationales distinctes et posent la question de l'harmonisation européenne."

Exemple d’exclusions obligatoires imposées par les labels de finance durable européens

U / P / D : Upstream, Production, Downstream

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Indicateurs de durabilité : entre standardisation et spécificité

Les labels exigent généralement la publication régulière d'indicateurs de durabilité :

  • Indicateurs rĂ©glementaires : les labels ISR et Towards Sustainability ont intĂ©grĂ© les PAI SFDR comme mĂ©triques de rĂ©fĂ©rence, tandis que Nordic Swan repose largement sur la Taxonomie EuropĂ©enne.
  • Autre approche : d'autres labels privilĂ©gient des indicateurs de risque, d'impact non rĂ©glementaires.

Le reporting de métriques réglementaires et/ou généralistes a l’avantage de permettre une plus grande comparabilité des fonds labellisés. Toutefois, pour les fonds thématiques, le défi est double : identifier des indicateurs pertinents et obtenir des données fiables. Guillaume Lasserre illustre cette problématique avec les fonds biodiversité de LBPAM : "Nous avons développé un indicateur BIRD qui combine mesures d'impact et évaluation des pratiques d'entreprise. Cette approche hybride permet une analyse plus complète des enjeux de biodiversité."

Des labels qui ne dialoguent pas toujours entre eux 

Le défi de l'interopérabilité entre labels

La multiplicité des labels représente un défi majeur d'harmonisation. Si certains font preuve de pragmatisme, comme Finansol qui reconnaît les fonds déjà labellisés Greenfin ou ISR, d'autres fonctionnent en vase clos. Cette situation crée des contraintes opérationnelles significatives pour les gestionnaires d'actifs.

Guillaume Lasserre témoigne : "L'articulation des différentes exigences est compliquée à mettre en place. Les labels français ne se parlent pas entre eux : nous avons dû sortir un fonds Greenfin d’un fonds de fonds ISR - le label Greenfin est très exigeant, mais le label ISR ne prend pas en compte son existence dans son référentiel."

Vers une harmonisation européenne ?

Le secteur des labels de finance durable poursuit sa transformation dans un paysage politique et réglementaire européen changeant. 

L'alignement du label Greenfin sur les exigences du Paris-Aligned Benchmark (PAB), en cohérence avec les Guidelines de l'ESMA sur les noms de fonds, pourrait constituer un premier pas vers l'harmonisation européenne. Cependant, le chemin reste semé d'embûches. 

En particulier, les propositions de la Directive Omnibus I sont susceptibles de déstabiliser l'écosystème des labels. Particulièrement, la réduction potentielle du périmètre de CSRD pourrait avoir un impact notable sur la qualité des données ESG et sur la publication des plans de transition par les entreprises.‍

L'évolution constante des référentiels témoigne de l'ambition croissante du secteur financier en matière de durabilité. Pour rester informé des prochaines évolutions, n'hésitez pas à consulter notre calendrier réglementaire 2025.

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